samedi, 18 juin 2005
Ils ne veulent changer... que le calendrier
A lire dans l'Huma, ce papier de Jean-Paul Piérot.
Les vingt-cinq chefs d’État et de gouvernement, qui se sont retrouvés hier à Bruxelles pour leur premier sommet post-référendums français et néerlandais, pourraient-ils complètement éviter de tirer les conséquences de leur échec ? C’eût été évidemment impossible, tant juridiquement (le traité doit être ratifié par toutes les parties contractantes pour entrer en vigueur, et ce n’est déjà plus le cas) que politiquement. En effet, le fait que sur les trois référendums effectués (Espagne, France et Pays-Bas) deux se soient soldés par la victoire du « non » avec une participation électorale massive et un par un « oui » sur fond d’abstention généralisée achève de discréditer les ratifications par voie parlementaire auxquelles il a été procédé jusqu’ici dans neuf autres États. Peut-on continuer comme si rien ne s’était passé. Cela ne ferait que creuser encore davantage le fossé entre les opinions publiques, les citoyens d’une part et les sphères dirigeantes de l’autre ?
Trouver des solutions pour contourner le message des urnes
Quelques heures avant que ne débute le ballet des limousines autour du rond-point Schuman, nous ne connaissions pas la teneur des formules savamment soupesées, qui seraient finalement retenues par les Vingt-Cinq pour tenter de résoudre une bien délicate équation. L’hypothèse laplus souvent évoquée consistait en une « pause » dans une poursuite du processus de ratification entraînant un allongement du temps des consultations (parlementaires ou référendaires) au-delà de 2006. Président en exercice de l’Union européenne, le Luxembourgeois Jean-Claude Juncker avait avancé la veille du Conseil, devant ses amis du Parti populaire européen (PPE), un arrêt de neuf à douze mois, alors que le référendum dans son pays était prévu le 10 juillet et que d’autre États s’interrogeaient sur leur propres échéances. C’est notamment le cas du Danemark et du Portugal, où les référendums sont prévus à l’automne. La Grande-Bretagne avait montré la voie en « suspendant » sa consultation au lendemain des « non » français et néerlandais mais aussi après qu’un sondage eut indiqué que plus de 70 % des Britanniques émettraient un vote négatif. Les défenseurs de cette « solution » escomptaient ainsi une atténuation de la dynamique du « non » dans les prochains pays où des référendums sont programmés.
On le voit, les dirigeants européens cherchaient avant tout à trouver des solutions pour biaiser, pour contourner le message des urnes, afin de préserver, au prix de modifications mineures sur le texte et de déclarations de bonnes intentions, les chances de faire avaliser dans la durée la pérennisation d’une politique libérale de plus en plus largement contestée par les citoyens européens.
Pour leur part, les dirigeants français, au lieu de porter à Bruxelles le message des 55 % d’électeurs qui ont rejeté le projet de constitution, s’en tenaient, à la veille du sommet, à leur position consistant à réclamer la poursuite du processus de ratification dans tous les autres États. Il semblait cependant difficile que Jacques Chirac, même soutenu par Gerhard Schröder, pût tenir sur un tel point de vue face une majorité de gouvernements favorables à la pause par souci d’éviter eux-mêmes des déboires électoraux.
un Conseil européen en crise et sous surveillance citoyenne
Mais ce Conseil européen en crise se déroule sous surveillance citoyenne. Et au sein de cet aréopage, tout particulièrement, le président français. Hier soir, à Paris comme dans toute la France, les militants du « non » de gauche ont exigé le respect du vote. Et, fait hautement symbolique, Jacques Chirac avait été précédé dans la capitale belge par une importante délégation qui, elle, était venue exprimer l’opinion de la France. Ainsi dès la fin de la matinée, devant le siège du Conseil, se retrouvaient Jacques Niconoff, le président d’ATTAC, Francis Wurtz, président du groupe de la Gauche unitaire au Parlement européen, Jean-Pierre Chevènement (MRC), le président du conseil général du Gers, le socialiste Philippe Martin, avec ses camarades le député du Nord Marc Dolez et l’eurodéputée Françoise Castex, Yves Salesse (Fédération Copernic), Pierre Kalfa, syndicats Solidaires et d’autres représentants de mouvements citoyens. Reçus par la présidence luxembourgeoise de l’UE représentée par le ministre Nicolas Schmit, lequel dut reconnaître qu’« on ne peut plus faire l’Europe sans les citoyens », les représentants du « non » de gauche purent ainsi transmettre le message des électeurs français, demander l’organisation d’un grand débat public à l’échelle de l’Europe après avoir reconnu que le présent traité est caduc, et l’abrogation de toutes les directives ultralibérales.
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