vendredi, 08 juillet 2005

«Des fanatiques pouvaient se tenir prêts à Paris»

Après le drame londonien, une interview intéressante parue dans le Figaro d'Alain Bauer, auteur d'un ouvrage sur la menace terroriste avec le criminologue Xavier Rauffer «L'Énigme al-Qaida» (JC Lattès).

LE FIGARO. - Peut-on imaginer qu'un groupe islamiste se tenait aussi prêt à Paris au cas où la France aurait obtenu les J0 ?

Alain BAUER. - C'est tout à fait possible. Et c'est évidemment la question qui a immédiatement mobilisé la structure antiterroriste française. Rien n'exclut que des fanatiques aient pu se tenir prêts hier dans la capitale. Mais une opération d'un tel niveau de coordination implique que tout le monde soit d'accord sur la cible et se concentre sur un même objectif. Or la France, relativement indépendante vis-à-vis des États-Unis, peut difficilement inspirer les mêmes motivations aux islamistes qu'un pays comme la Grande-Bretagne, aligné sur Washington.
Comment un tel drame est-il encore possible alors qu'on dit toutes les polices d'Europe sur les dents ?
Seule la qualité du renseignement humain peut faire la différence. Cette faculté à détecter la menace en amont a plutôt réussi jusqu'à présent à nos services de la PJ, de la DST et des RG. Mais une équipe peut toujours passer à travers les mailles du filet. Le risque zéro n'existe pas.
Faut-il vraiment voir la main d'al-Qaida derrière ces groupes qui frappent où ils veulent et quand ils veulent ?
Rien ne prouve qu'al-Qaida s'appelle bien al-Qaida. Oussama Ben Laden, en tout cas, n'en est pas le chef, tout au plus le porte-parole. On croyait connaître l'ennemi et six mille arrestations plus tard, on réalise qu'on le connaît à peine. On s'est beaucoup trompé notamment sur son mode de fonctionnement. Car il n'obéit pas à une logique pyramidale. Les réseaux se croisent peut-être dans les pays où est assurée leur formation aux armes, comme le Pakistan, la Tchétchénie et maintenant l'Irak. Ils se coordonnent parfois pour mutualiser des moyens. Mais les choix du lieu où ils vont frapper, des techniques mises en oeuvre et de la date sont laissés à l'appréciation des opérateurs. Cette autonomie totale des réseaux rend la tâche des services de renseignement et de police encore plus compliquée.


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