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dimanche, 10 juillet 2005

Fortes turbulences au PSE

Lu dans l'Huma ce papier très intéressant de Rosa Moussaoui.

Crise. Les directions des Partis socialistes européens, souvent séduites par la troisième voie blairiste, sont confrontées à l’émergence d’oppositions au « libéralisme social ».

Rien ne va plus dans la maison socialiste européenne. Illustrations de ces turbulences : la défaite historique du SPD allemand dans son fief de Rhénanie du Nord-Westphalie ; les déboires d’un PS français qui peine à incarner une alternative face à une droite pourtant elle-même en pleine crise ; le net recul du New Labour britannique aux législatives, masqué par la majorité qu’il conserve de peu et par l’activisme de Tony Blair sur les scènes internationale et européenne.

Au coeur de cette crise, une question récurrente : les sociaux-démocrates doivent-ils proposer une alternative au néolibéralisme, ou bien assumer un « socialisme libéral » incarné par la troisième voie blairiste ? Cette interrogation a traversé le dernier conseil du Parti socialiste européen (PSE), réuni à Vienne, les 25 et 26 juin dernier. Si un consensus s’est dégagé à l’issue de cette rencontre pour demander que l’Europe définisse en 2006 « une stratégie de croissance et d’investissements pour davantage et de meilleurs emplois (et) un cadre légal pour les services d’intérêt général pour protéger les services publics essentiels de la libéralisation », des divergences se sont exprimées, en particulier entre socialistes français et travaillistes britanniques. Alors que ces derniers, par la voix du vice-premier ministre John Prescott, ont plaidé en faveur d’une politique combinant « flexibilité et équité pour affronter la mondialisation », François Hollande a souligné que les « succès [de Blair] contre le chômage » ne prenaient pas en compte des critères comme « le niveau des salaires et la précarité ». Le ralliement de la plupart des autres dirigeants socialistes européens à la ligne blairiste constitue en revanche une nouveauté. Göran Persson, premier ministre suédois, n’a pas fait mystère de son soutien à Blair, alors même qu’il est critiqué dans son son propre parti sur sa politique intérieure, qui se traduit par une détérioration de l’État providence, comme sur son soutien inconditionnel au projet de constitution européenne. Le « libéralisme social » séduit les directions socialistes en Autriche, dans les pays de l’Est ou encore au Danemark. Le premier ministre espagnol José Luis Rodriguez Zapatero s’en accommode aussi, qui assure que « le socialisme du XXIe siècle sera sociétal », entérinant une forme de renoncement à changer la donne économique et sociale.

L’équation est plus complexe outre-Rhin. Le SPD, qui jongle entre un discours très à gauche et l’acharnement à conduire jusqu’à son terme l’Agenda 2010, programme de « réformes » d’inspiration libérale, est menacé sur sa gauche. Le Parti de Gehrart Schröder collectionne les défections au profit de la coalition WASG/PDS, créditée de 11 % des intentions de vote dans les sondages. Un lourd handicap à la veille des législatives souhaitées par le chancelier.

La « troisième voie » essuie des critiques jusque chez Tony Blair, où la gauche du Labour est organisée en plate-forme, le Labour Representation Commitee, qui s’oppose à la ligne du New Labour. Son leader, le député John McDonnell, n’hésite pas à qualifier l’expérience du New Labour de « désespérante ». Pour lui, Tony Blair a converti l’espoir de changement en une « continuation, avec quelques nuances, du néoconservatisme ». Le LRC, né de l’opposition à la guerre en Irak, entend rassembler - socialistes et syndicalistes pour forger une issue à ce qui est pour lui un « échec du New - Labour ».

Ailleurs, la tentation - sociale-libérale des directions et des gouvernements est contredite de plus en plus ouvertement. Pour ne citer que ces exemples, en Suède, des milliers de militants socialistes, avant l’appel à la suspension des ratifications, ont signé une pétition exigeant la tenue d’un référendum sur la constitution européenne. En Italie, la gauche de DS, organisée autour de l’association Aprile per la sinistra, entend peser en faveur d’un programme ancré à gauche. La « troisième voie », et pas seulement en France, ne passe décidément pas comme une lettre à la poste.


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