samedi, 09 décembre 2006
Quand la BCE nous flingue ...
Lu dans l'Huma, ce papier de Bruno Odent "Le tueur d’emplois de Francfort a encore frappé" ...
Euro . La Banque centrale européenne augmente à nouveau ses taux en dépit des conséquences pour l’emploi et la croissance, pénalisés par l’euro fort.
Imperturbable et méthodique, tel un serial killer d’emplois sûr de sa toute-puissance, le patron de la Banque centrale européenne (BCE), Jean-Claude Trichet a annoncé hier une nouvelle remontée des taux d’intérêts de l’euro. Le principal taux directeur de la BCE est ainsi passé à 3,5 %, son plus haut niveau depuis cinq ans. Le meurtrier martèle pour se justifier « la nécessité de contenir les pressions inflationnistes ». Lui qui présente par ailleurs toutes les apparences d’un gentleman, ne cesse de répéter cet
argument à chaque fois qu’il décide de passer à l’action comme s’il était
atteint de cette sorte d’idée fixe, observé souvent chez les récidivistes. L’arme du crime, la hausse des taux, a un impact direct sur l’activité. Au risque d’étouffer la timide reprise de l’économie européenne déjà affectée par « l’euro fort » et donc d’être fatale à des dizaines de milliers d’emplois supplémentaires.
Le tueur d’emplois de Francfort est bien plus dangereux que le commun des héros de thriller de série B, car il agit selon la rationalité de tout le système monétaire européen. Celui-là est entièrement dévoué à des marchés
financiers craignant par-dessus tout que leurs fabuleux taux de rentabilité ne soient rognés par la montée en puissance de revendications, de la part des salariés et de leurs syndicats. Lesquels pourraient se montrer désireux d’obtenir, en cette période de regain de croissance, autre chose que les miettes d’un gâteau devenu plus volumineux. Quand Jean-Claude Trichet martèle : « L’inflation, l’inflation, l’inflation... », il tire à vue sur les salaires.
Le message du banquier central « indépendant » est on ne peut plus politique : il demande aux gouvernements des pays membres de l’eurogroupe de s’engager sur des orientations très restrictives s’ils veulent éviter le recours à d’autres tours de vis monétaires. Et de pointer ouvertement, comme hier à Francfort, la nécessité d’une nouvelle série de réformes libérales pour réduire les dépenses publiques et sociales afin d’accroître « la compétitivité des entreprises dans un environnement toujours plus concurrentiel ». Autrement dit : de poursuivre dans la voie des transformations déjà inscrites sur le fameux agenda de Lisbonne, afin de flexibiliser le marché du travail, de repousser l’âge de départ à la retraite, de privatiser la protection sociale et dla modération salariale.
Alors que des débats politiques plus aigus s’annoncent à l’approche d’échéances électorales importantes, notamment en France, il s’agit d’indiquer que si, sur la route, la couleur des véhicules et leur vitesse sont en option, la voie qu’il convient d’emprunter, elle, est unique. Cet acharnement sans faille à respecter le dogme de la BCE va pénaliser les pays de la zone euro au plus mauvais moment. Des signes de plus en plus précis de retournement de conjoncture apparaissant aux États-Unis, elle va accentuer encore les tendances à la dépréciation du dollar. Ce qui ne devrait pas manquer de freiner les exportations, c’est-à-dire l’autre moteur de la croissance européenne.
La BCE aurait besoin en fait de pratiquer une politique tournant le dos à ces normes meurtrières pour l’emploi, une politique capable de favoriser une dynamique de créations de postes. « Avec des taux d’intérêts d’autant plus faibles, soulignent les économistes communistes, que les crédits sont voués à financer des opérations riches en emplois et en investissement social et d’autant plus dissuasifs qu’ils sont voués à des opérations spéculatives. »
15:03 Publié dans Réflexions | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : BCE, europe, récession sociale


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