vendredi, 04 juillet 2008
Cette Europe qui nous pourrit la vie
En 2011, le marché postal sera libéralisé totalement. Bruxelles jubile, le consommateur lui va encore trinquer tout comme l'emploi. Dans son édition du jour, Le Monde dans un un article intitulé : Les postes européennes inquiètes de l'impact de la libéralisation sur l'emploi fait référence à un document qui souligne l'ampleur des dégats : « l'ouverture progressive du secteur postal à la concurrence, depuis 2003, a entraîné d'importantes restructurations chez les opérateurs historiques. Celles-ci se sont traduites par des suppressions d'emplois massives - notamment, 34 000 emplois détruits par la poste suédoise entre 1990 et 2005 ; 30 000 suppressions d'emplois planifiées par la Royal Mail en Grande-Bretagne etc. - qui n'ont pas été entièrement compensées par les nouveaux entrants sur le marché (100 000 emplois créés). Par ailleurs, pour réduire les coûts, de nombreuses postes ont augmenté le nombre d'emplois à temps partiel. TNT aux Pays-Bas détient le record, avec 70 % de temps partiel dans ses effectifs.»
Précarité, absence de bénéfice réel pour le consommateur, c'est ce que nous a amené la libéralisation des télécoms, du 12 et aujourd'hui du secteur de l'énergie. L'Europe en matière de développement économique, d'emploi, de libertés individuelles est synonyme de régression. Il est temps d'ouvrir les yeux et de faire pression sur nos politiques tant que nous le pouvons encore.
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samedi, 09 février 2008
A-t-on bien mesuré les conséquences de l’indépendance du Kosovo ?
Très intéressant et très réaliste ce point de vue de Claude Nicolet, Secrétaire national aux Relations Internationales au MRC.
Les élections présidentielles qui se sont déroulées ce dimanche en Serbie, ont été présentées comme cruciales et de manières totalement caricaturales. D’un côté le bon Boris Tadic « pro occidental » voulant arrimer son pays à l’Union Européenne, à l’économie de marché et au libre échange, donc au progrès. De l’autre le méchant Tomislav Nikolic « nationaliste », représentant le passé, l’archaïsme, et désirant se rapprocher de la Russie « de Poutine ». Les deux se disent opposés à l’indépendance du Kosovo, qui à leurs yeux appartient à la Serbie.
L’un des enjeux majeurs de ce scrutin concerne bien sûr la question de l’indépendance de cette province.
Il faut regarder les choses en face : il ne semble plus avoir aujourd’hui que de mauvaises solutions. Les Albanais du Kosovo (qui sont aujourd’hui très majoritaires) disent massivement vouloir l’indépendance. La Serbie de son côté ne peut pas accepter cette indépendance pour des raisons historiques, politiques, culturelles et religieuses. Les différentes missions de médiation mises sur pied par l’ONU ont échoué. Or l’indépendance sera proclamée. Que ce soit de façon unilatérale par les Albanais du Kosovo ou dans une solution politique associant plus ou moins la Serbie si c’est Tadic qui emporte l’élection.
Quoi qu’il en soit cette perspective n’augure rien de bon et le pire sera à craindre. La perte du Kosovo créera en Serbie une frustration et une humiliation que personne ne mesure aujourd’hui et sur laquelle pourra se nourrir tous les ressentiments. En outres tous les mouvements séparatistes, indépendantistes et sécessionnistes en Europe ne pourront y voir qu’un encouragement. A-t-on pris la mesure de cet impact ? C’est la boite de Pandore qui va se rouvrir au cœur du continent, dans sa zone politique la plus instable. A la confluence des mondes latins et slaves. Orthodoxes, catholiques et musulmans. Sur la vieille frontière des influences des empires russe, ottoman et germanique. Est-il de l’intérêt de la France et de l’Europe de se mettre sur les bras un vrai problème politique et stratégique avec la Russie ?
Le résultat de cette opération sera la séparation de la Serbie et du Kosovo. Autrement dit le remodelage des frontière d’un Etat souverain, membre de l’ONU avec pour conséquence inéluctable la proclamation de l’indépendance du Kosovo qui n’a jamais été considéré comme étant une république fédérée de l’ancienne Yougoslavie. C’est la remise en cause de ce qui avait permis de sortir de la chute du Mur de Berlin et de permettre la réunification allemande dans de bonnes conditions. Notamment la conférence de Paris pour régler la dislocation de l’ancien bloc communiste avec un principe simple et clair : le respect des frontières.
Nous sommes donc face à une situation qui ne fera que s’envenimer. Il y a en germe la création d’un puissant mouvement irrédentiste au cœur des Balkans qui n’ira qu’en se renforçant. La Russie s’en mêlera et l’appuiera parce qu’il y va de ses intérêts nationaux et stratégiques les plus évidents.
Le Kosovo fait partie de la Serbie qu’on le veuille ou non et le sentiment d’appartenance qui fonde en partie le sentiment national ne disparaitra pas de si tôt. Or comme les difficultés économiques seront sans doute croissantes avec la transformation de la Serbie vers l’économie mondialisée, de fortes turbulences sont malheureusement à craindre.
19:50 Publié dans Réflexions | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : europe, serbie, kosovo, mrc
jeudi, 22 novembre 2007
L'Europe demande une accélération de la réforme des retraites
Relisez ce papier d'Arnaud Leparmentier (Le Monde 2 avril 2002) : L'Europe demande une accélération de la réforme des retraites.
Au sommet de Barcelone, en mars, les Quinze ont souhaité que l'âge moyen effectif de cessation de l'activité professionnelle soit retardé, dans les pays de l'Union, de cinq ans d'ici à 2010. Un dossier sensible sur lequel la France s'est trouvée en difficulté
En France, on est tombé des nues. Lorsque les Quinze ont déclaré, le 16 mars, dans les conclusions du sommet de Barcelone, qu'"il faudrait chercher d'ici à 2010 à augmenter progressivement d'environ cinq ans l'âge moyen effectif auquel cesse, dans l'Union européenne, l'activité professionnelle", le centriste François Bayrou est immédiatement monté au créneau : "Jacques Chirac et Lionel Jospin, tous les deux, ont signé une décision capitale sur l'allongement de la durée de cotisation pour les retraites d'ici à 2010 en Europe. Qui en a débattu ? Qui en a dit un mot ? Quel citoyen, quel député, quel parlementaire a été invité à la préparation de cette décision capitale ? Personne."
Sur la forme, l'Europe s'empare subrepticement du dossier des retraites, les Quinze ayant aussi demandé à Barcelone "que la réforme des régimes des retraites soit accélérée en vue de garantir tant leur viabilité financière que la réalisation de leurs objectifs au niveau social". La Commission et le conseil remettront un rapport conjoint sur le sujet dans un an. Ce glissement se fait sans vrai débat. "Ce n'est pas un sujet qui a fait l'objet d'une méditation collective. A ma connaissance, il n'y a pas eu de document de synthèse mettant en évidence pourquoi il s'agissait d'un sujet d'intérêt collectif", commente un diplomate à Bruxelles.
ARME À DOUBLE TRANCHANT
Officiellement, bien sûr, les conclusions d'un conseil comme celui de Barcelone ne sont pas contraignantes. De multiples recommandations sont, par le passé, restées lettre morte. Mais les choses évoluent. Ces communiqués font de plus en plus l'objet d'âpres négociations, les chefs d'Etat et de gouvernement voulant montrer la direction que doit prendre l'Europe. "C'est une arme à double tranchant. Plus les conclusions du conseil deviennent spécifiques, plus la Commission peut revenir, plus tard, en disant : "Vous avez choisi d'être précis, maintenant, nous vous forçons à tenir vos engagements"", explique le porte-parole de la commissaire aux affaires sociales, Anna Diamantopoulou.
Sur le fond, le Conseil européen n'a pas, contrairement à ce qu'a dit M. Bayrou, parlé officiellement d'allonger la durée des cotisations ou de repousser l'âge légal de la retraite. Il demande avant tout de réduire le nombre des préretraites, dans le cadre de la stratégie arrêtée à Lisbonne en 1999, qui vise à atteindre un taux d'emploi des 15-64 ans de 70 % dans l'Union européenne. Il n'empêche : quand on veut retarder de cinq ans le départ en retraite, alors que la moyenne européenne est de 58 ans, on arrive à un départ moyen de 63 ans. L'objectif chiffré semble peu compatible avec la retraite à 60 ans. La France s'est donc trouvée en difficulté sur ce sujet, tous ses partenaires ayant décidé de repousser, au moins pour les hommes, l'âge de la retraite à 65 ans.
CONTORSIONS FRANÇAISES
Jacques Chirac et Lionel Jospin ont cherché à atténuer le projet de conclusion de la présidence espagnole qui demandait "de chercher d'ici à 2010 à faire passer progressivement l'âge moyen effectif de la retraite, qui est actuellement de 58 ans, à 65 ans"et se sont livrés à des contorsions en conférence de presse. "Jamais la présidence ne s'est fixé pour objectif de faire passer l'âge de la retraite de 58 à 65 ans, s'est défendu Jacques Chirac. Mais (...) telle qu'elle s'était exprimée, j'étais persuadé que certains seraient tentés d'en tirer cette conclusion. Et, lorsque nous sommes intervenus, le premier ministre et moi, sur ce point, c'est précisément parce que nous avions le sentiment que cela pouvait être interprété comme cela."
Lionel Jospin précisait, quant à lui, que, "pour nous, l'âge légal de la retraite est de 60 ans". "Quand on parle de relever l'âge moyen de cessation d'activité, ce n'est pas tellement pour les gens au-dessus de 60 ans, mais cela peut être aussi pour des gens à 50 ans ou à 52 ans dont nous souhaitons, au contraire, qu'ils puissent, comme ils le souhaitent eux-mêmes, travailler plus longtemps."
A Bruxelles, on se veut pragmatique : "La Commission n'a pas le droit de se mêler de l'âge légal de la retraite. Mais ce qui nous intéresse, c'est le profil économique du marché du travail. C'est pour cela que la Commission vise à changer radicalement l'âge de départ effectif du marché du travail, qui, dans certains pays, dépasse de peu les 50 ans", explique-t-on à la Commission.
Alors que les ministres des affaires sociales sont traditionnellement incapables d'aboutir à un accord - les pays libéraux ou à bonne qualité de dialogue social, comme la Scandinavie et l'Allemagne, ne veulent pas entendre parler de Bruxelles sur ce sujet —, ce sont les ministres des finances qui forcent le dossier à avancer : au nom du respect du pacte de stabilité et de croissance qui encadre les finances des pays de la zone euro et se transforme en une arme à tout réformer. "Un Etat membre qui n'a pas mis en ordre le financement de ses retraites va se retrouver dépourvu lors du choc démographique de 2005-2008. Cela a des conséquences directes sur les finances publiques, soit parce que les déficits publics intègrent ceux des caisses de retraite de la Sécu, soit parce que l'Etat gère en direct les retraites des fonctionnaires", poursuit ce diplomate.
Début 2002, les recommandations de la Commission et du conseil sur les programmes de stabilité budgétaire des Etats membres étaient truffées de satisfecit - pour la Grande-Bretagne - ou d'admonestations - pour la France, la Grèce, l'Espagne - sur l'évolution de la réforme des retraites. Le dossier reste très sensible : "Si on le transforme en une querelle idéologique, on risque de paralyser les Etats qui n'ont pas encore fait de réforme, commente un diplomate. Si on donne l'idée que "Bruxelles = fonds de pension", on ne fera pas progresser le débat."21:09 Publié dans Réflexions | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : réforme des retraites, europe, ump, mini traité
samedi, 27 octobre 2007
Quand la plupart des éditorialistes adoptent - sans référendum - le nouveau traité européen
Lu sur Acrimed. Le Traité européen adopté à Lisbonne - par les chefs d’Etat et non par les peuples d’Europe -, soulève plusieurs questions : Quel est son contenu ? Faut-il ou non l’approuver ? Par quelle voie doit-il être approuvé ou rejeté ? Comment la plupart des médias informent-ils à son sujet et prennent-ils position ? C’est cette dernière question qui mérite d’être privilégiée ici.Un traité qui nous veut du bien
De l’avis même de quelques journalistes qui l‘approuvent, le Traité dit « simplifié » [1] reprend pour l’essentiel celui qui avait été rejeté lors du référendum du 29 mai 2005. Jean Quatremer, qui ne dissimule guère son approbation, le reconnaissait dans Libération dès le 19 juin 2007 : : « Disons-le tout net : le « traité simplifié » que le chef de l’Etat français appelle de ses vœux et qu’il espère voir adopter par le Conseil européen des chefs d’Etat et de gouvernement qui se tient jeudi et vendredi n’est rien d’autre que la défunte “Constitution” présentée avec un autre habillage. Dit autrement, le futur texte n’en aura pas le titre, il n’en aura pas l’apparence, mais il aura le même contenu, à quelques éléments près. » Ceux qui s’y opposent, comme Attac, ne disent pas autre chose [2]. Mais la plupart des médias se gardent bien d’établir la comparaison.
On ne sera donc pas étonné que la quasi-totalité de ces mêmes médias et des éditorialistes qui les décorent, implicitement ou explicitement, se réjouisse, avec plus ou moins d’enthousiasme, de voir confirmer l’essentiel du Traité rejeté par référendum. L’éditorial du Monde du 20 octobre - « Europe, une étape » - résume le sentiment de presque tous : « Enfin. En approuvant le traité simplifié, les Vingt-Sept ont mis un terme à la querelle institutionnelle dans laquelle les Européens s’épuisaient depuis le traité de Maastricht de 1991. Le résultat n’est pas parfait. Mais il n’y avait sans doute pas, aujourd’hui, d’autre compromis possible. »
On ne sera pas étonné non plus que leurs arguments se ressemblent et que, aussi discutables soient-ils, ils ne soient pas présentés comme tels. Principal argument ? Le nouveau traité permettrait de sortir l’Europe de « l’impasse » dans laquelle elle serait bloquée depuis les « non » Français et Néerlandais.
Dès le 19 octobre, les J.T. avaient donné le ton, entre soulagement et acclamation. Catherine Matausch (19/20 de France 3) : « L’Europe à 27 à nouveau en marche [...] deux ans après le non français à la Constitution. » François Beaudonnet (envoyé spécial de France 2) : « Il y a deux ans avec le référendum, la France avait plongé l’Europe dans une grave crise institutionnelle ; aujourd’hui à Lisbonne, avec le Traité simplifié, elle espère l’avoir aidée à sortir de l’impasse. » Claire Chazal (sur TF1, bien sûr) : « Chacun y voit une chance de sortir l’Europe de la crise institutionnelle. » Qui nous dira qui est ce « chacun » qui nous englobe tous ?
Le lendemain, 20 octobre, la presse écrite est au diapason [3]. Dans Le Journal de la Haute-Marne Patrice Chabanet est soulagé : « L’accord de Lisbonne marque une avancée après la crise déclenchée par les "non" français et hollandais. » Andre Schlecht lui fait écho dans L’Alsace : « L’Union est sortie de l’impasse . » Hervé Faure ne dit rien d’autre dans La Voix du Nord : « L’accord trouvé à vingt-sept, dans la nuit de jeudi à vendredi à Lisbonne, sur le nouveau traité européen, met un terme à plus de deux années de panne institutionnelle. »
Asséner comme une vérité indiscutable ce qui mériterait discussion est un privilège d’éditorialiste tout aussi discutable. Or, le 22 juin 2007 dans Le Monde, Florence Deloche-Gaudez secrétaire générale du Centre d’études européennes de Sciences Po tempère l’ardeur des dispensateurs de pseudo-évidences : « Contrairement à une idée reçue, dit-elle, pour l’instant, l’Europe n’est pas bloquée au quotidien. Chiffres à l’appui, une étude de l’Observatoire des institutions européennes montre que l’Union continue à décider, et même plus rapidement qu’avant l’élargissement de mai 2004 à dix nouveaux pays ! » Même Jacques Espérandieu, éditorialiste au Journal du Dimanche, pourtant favorable au nouveau texte, corrige ses confrères le 24 juin 2007 : « Prétendre que l’Union ne fonctionnait plus depuis le "non" français est un pieux mensonge. »
Ce référendum qui nous ferait tant de mal
Mais ces « pédagogues » autoproclamés qui, à ce titre, avaient monopolisé la campagne de 2005 sont aussi de fervents soutiens de la démocratie [4]. C’est pourquoi nombre d’entre eux s’étaient opposés à la tenue d’un référendum pourtant maintenu par le Président Chirac. Et, une fois le résultat connu, les mêmes ne s’étaient pas bornés à le déplorer : c’est le référendum lui-même qui était mis en accusation.
On ne sera donc pas étonné que désromais la quasi-totalité des médias et des éditorialistes se réjouissent du recours à une procédure parlementaire de ratification. Toujours prompts à donner des leçons de démocratie, ils se félicitent que les gouvernements n’envisagent pas de commettre l’irréparable : soumettre le nouveau texte à référendum. Le Monde dans son éditorial daté du 20 octobre assène : « L’engagement de Nicolas Sarkozy de ne pas organiser de référendum sur ce nouveau texte est un gage de succès. »
André Schlecht dans L’Alsace, le 20 octobre, constate : « Sauf en Irlande, où la Constitution le prévoit de façon contraignante, le référendum est ouvertement déconseillé partout, pour ratifier le nouveau texte, au profit de la voie parlementaire. » Déconseillé ? Mais par qui ? Par les gouvernants ? Soit. Mais aussi par les commentateurs qui les suivent.
Patrice Chabanet dans La République de la Haute-Marne du même jour se réjouit lui aussi : « A priori, la ratification par chaque Etat-membre ne devrait pas poser de problème, dans la mesure où elle passera par le canal parlementaire. Chat échaudé craint l’eau froide : Nicolas Sarkozy n’entend pas se prendre les pieds dans le tapis référendaire comme son prédécesseur. » [5]
Le choix de la procédure parlementraire étant donné comme le meilleur, le rôle des éditorialistes, comme toujours, est de concourrir à une indispensable « pédagogie ». Celle-là même que préconise François Tartarin, dans La Nouvelle République du Centre Ouest du 20 octobre 2007 : « L’accord obtenu à Lisbonne ne dissipe pas les réticences des "nonistes" de 2005 [...]. Les critiques seront d’autant plus vives que la France recourra à la ratification par voie parlementaire, et non par référendum, un choix qui rend décidément nécessaire le travail d’explication auprès de l’opinion. Pour inscrire le traité de Lisbonne dans l’histoire commune, l’Europe ne pourra faire l’économie d’un vrai projet. » [6]
Jean Quatremer, dans l’article de Libération déjà cité, expliquait : « C’est le second effet du vote du 29 mai 2005. La démocratie directe, du moins en France, a sans doute son avenir derrière elle. Surtout en matière européenne. Désormais, les Etats membres veulent qu’un gouvernement soit capable d’assumer sa signature et puisse garantir que son accord ne sera pas ensuite invalidé par son peuple. Et cela, seule la voie parlementaire le garantit [...]. Certains affirment que la négociation par les seuls diplomates, suivie d’une ratification parlementaire, va concourir à éloigner davantage les peuples de l’Europe. On peut sérieusement en douter. »
Ainsi le renoncement au référendum serait un « effet du vote du 29 mai 2005 » et non, ce qui serait plus exact, une des leçons que la plupart des politiques et des majestés du commentaire médiatique ont tiré de ce vote [7].
Alain Duhamel, au micro de RTL, le 1er juin 2007 s’indignait par avance de toute campagne en faveur du recours au référendum sur RTL : « Il y aurait sûrement de toute façon une campagne là-dessus. Cela dit je trouve que ça se serait une campagne injuste. D’abord parce que c’est plus du tout une constitution. Plus du tout. Peut-être malheureusement mais ça l’est plus. Ensuite parce que le traité de Nice il a été ratifié par voie parlementaire. Là il s’agirait d’amendement au traité de Nice. » Il suffisait donc de changer l’adjectif et de remplacer « constitutionnel » par « simplifié »… On attend toujours sur RTL le débat qui permettrait d’examiner s’il s’agit là d’arguments ou d’arguties.
Aux yeux de ces éducateurs du peuple qui, conseillers des gouvernements, enseignent une version singulière du droit constitutionnel et de la démocratie, le rejet du recours au référendum est tellement évident que Laurence Ferrari sur le plateau de Dimanche+ le 21 octobre 2007, n’interroge même pas François Hollande sur l’éventualité d’un référendum préférant le questionner, non pas sur le contenu du Traité, mais sur les divisions au sein du PS.
Ne reste alors qu’une seule inquiétude : la majorité des 3/5 sera-t-elle ou non atteinte ? Jean-Michel Helvig, dans La République des Pyrénées du 25 juin 2007, mettait déjà en garde le PS et les parlementaires éventuellement récalcitrants de ce parti : « Il ne manquerait plus que la gauche française, pour ressouder ses rangs entre "ouistes" et " nonistes " y fasse obstacle au Parlement. Le PS s’il prenait ce risque, y perdrait sans doute assez d’électeurs pour prolonger sa cure d’opposition bien au-delà de 2012. » [8]
À ce péril s’en ajoute un autre dont Alain Duhamel agite la menace sur RTL : « Ce sera une majorité des trois cinquièmes. L’opposition de gauche dispose à l’Assemblée nationale de plus de 220 sièges, donc il n’y a pas de majorité automatique [...]. Et puis il faut dire les choses comme elles sont, ça serait difficile que pour la deuxième fois, la France propose une formule, puis la refuse parce qu’à ce moment là, ce ne serait plus le pays fondateur de l’Europe, ça deviendrait le pays fossoyeur de l’Europe . » On attend toujours sur RTL et ailleurs le débat correspondant. Le suivisme à l’égard des gouvernements en tient lieu [9].
Un référendum ? Peut-être… Mais une autre fois ainsi que le suggère Jean Levallois dans La Presse de la Manche : « En fait, pour clarifier les procédures, il serait bon que, sur de grands sujets, éventuellement sur un projet de Constitution, un jour, ce soit l’ensemble des citoyens de l’Union européenne qui, le même jour, votent ensemble, par référendum, sur proposition conjointe du Conseil européen et du Parlement de Strasbourg. Ça aurait du sens, et nous connaîtrions le choix véritable des Européens. » [10]
Que l’on approuve ou non le Traité, que l’on soutienne ou non le recours à la voie parlementaire, force est de constater l’ampleur du consensus éminemment pluraliste qui permet de soustraire aux débats les objets même des débats. On se prend alors à regretter (presque…) que, au nom de ce même consensus, le référendum ne soit pas réservé aux éditorialistes, chroniqueurs, interviewers, présentateurs : l’approbation du « nouveau » traité serait presque unanime ! Et au cas où un tel référendum ne pourrait pas être organisé, qu’on les réunisse à Congrès à Versailles : la majorité des 3/5 serait largement dépassée !
Les médias de masse sont, nous dit-on, des garants de la démocratie. Soit. Mais ils peuvent être aussi les gardiens de sa mise en quarantaine au nom de la « pédagogie » et de la raison... des gouvernants.
Henri Maler et Denis Perais
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[1] Ce qualificatif est pour le moins inapproprié comme le reconnaît le 20 octobre 2007 Jean-Claude Kiefer, partisan de son adoption, dans Les Dernières Nouvelles d’Alsace. Il évoque un texte « qui reste un traité de mécanique générale, évidemment fort compliqué comme tout ce qui est européen. » (d’après la revue de presse du nouvelobs.com du 20 octobre 2007).
[2] Lire à ce sujet, la rubrique qu’Attac consacre au nouveau traité et, en particulier, « Traité modificatif européen : une copie du TCE ».
[3] Citations extraites de la revue de presse du nouvelobs.com
[4] Comme on peut le vérifier, entre autres, en lisant notre livre Médias en campagne. Retours sur le référendum de 2005, que quelques internautes n’ont pas encore acheté (et qui est toujours en vente en ligne sur le site des Editions Syllepse).
[5] Et, conseiller du Parti Socialiste, Patrice Chabanet d’ajouter, pour le dissuader d’exiger un référendum : « Le PS pourrait être tenté de faire monter la pression pour exiger une consultation populaire. Une bataille sur les principes qui risque de s’avérer très vite improductive. Les socialistes, en effet, restent pour le moins divisés sur la question européenne. Exploitées par le chef de l’Etat, ces divisions feront plus mal dans la caisse de résonance d’un référendum que dans l’enceinte parlementaire. Entre deux maux, le PS toujours étourdi après son KO présidentiel, a intérêt à choisir le moindre. » (Extrait de la revue de presse du nouvelobs.com du 20 octobre 2007)
[6] Cité par la revue de presse du nouvelobs.com
[7] Quant au risque, réel ou supposé, d’ « éloigner davantage les peuples de l’Europe », c’est, sur une question démocratique de principe, un argument subalterne qui, dans le cas présent, ne sert qu’à conforter le rejet du recours au référendum et le soutien accordé ainsi à Nicolas Sarkozy.
[8] Cité par la revue de presse du nouvelobs.com
[9] Peu nombreux seront donc les commentateurs qui s’insurgent, comme le fait Jean - Paul Piérot dans L’Humanité, contre la « méthode » préconisée par les gouvernants. Gordon Brown, le successeur de Tony Blair, l’avait prescrite dès le mois d’août, en réaffirmant « son opposition à un référendum sur le projet du nouveau traité européen, en dépit de l’appel d’un important syndicat et d’une campagne en faveur de cette solution. "La façon la plus appropriée d’en discuter est un débat approfondi à la Chambre des communes et à la Chambre des Lords, et je pense que le Parlement adoptera la loi" (autorisant la ratification du traité, NDLR). » (le figaro.fr, 22.8.07 avec AFP). Et dans un bel ensemble la plupart des éditorialistes, en France, souscrivent au souhait formulé par Nicolas Sarkozy : « Je souhaite que cette ratification puisse avoir lieu dans les plus brefs délais possibles, c’est-à-dire au mois de décembre 2007 » (D’après,le nouvelobs.com, 19.10.07)
[10] Revue de presse nouvelobs.com du 20 octobre
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mercredi, 19 septembre 2007
Nauséabonde UMP ...
L'UMP souhaite que les candidats au regroupement familial se prêtent "librement" à un test génétique. Argument de poids : cette méthoe dest pratiquée dans d'autres pays européens ! La bonne affaire ! La peine de mort est appliquée dans 38 d'Etats de la démocratique Amérique faut-il pour autant la rétablir en France ? Et pourquoi l'UMP ne proposerait-elle pas aux bons étrangers de porter une cocarde tricolore, histoire de se différencier des vilains clandestins ?
16:15 Publié dans Réflexions | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : UMP, test génétique, europe
mardi, 10 juillet 2007
A lire : Le traité constitutionnel ressucité
Très bon papier de Bernard Cassen à lire sur le site du Monde Diplomatique. Un extrait en guise de mise en bouche.
« Le TCE n’était pas une Constitution, pour de multiples raisons sur lesquelles on ne reviendra pas ici, et que ne suffisait pas à compenser l’octroi de la personnalité juridique à l’Union. C’est d’ailleurs ce qu’avait déclaré publiquement le vice-président de la Convention pour l’avenir de l’Europe chargée d’élaborer le texte, l’ancien premier ministre belge Jean-Luc Dehaene. Il s’agissait d’un traité, exactement comme les précédents et comme celui ébauché il y a deux jours à Bruxelles.
Quant au prétendu « blocage » du fonctionnement de l’Union si ses institutions, telles qu’inscrites dans le traité de Nice, n’étaient pas elles aussi réformées, c’est une pure affabulation. Au contraire, la prise de décision n’a jamais été aussi rapide ! Ainsi, Renaud Dehousse, professeur à Sciences-Po, écrit : « Avant le grand élargissement de mai 2004, il fallait en moyenne 18 mois entre le dépôt d’une proposition par la Commission et son adoption par le Conseil et, éventuellement, le Parlement. Depuis l’entrée des dix nouveaux Etats membres, ce délai est passé en moyenne à… moins de 12 mois. En outre, on ne vote pas moins, et même un peu plus qu’avant. Les craintes d’un blocage institutionnel, y compris les miennes, étaient donc infondées ». C’est aussi, à quelques nuances près, la position du Centre for European Policy Studies, rapportée par le Financial Times : « Le rythme actuel du processus de décision est identique à celui d’avant 2004, avant l’élargissement à dix nouveaux membres . »
S’il fallait se convaincre du caractère purement tactique de l’invocation du risque de « paralysie » de la prise de décision dans l’UE sous les règles du traité de Nice — largement utilisée par les partisans du oui lors du référendum de 2005 et aujourd’hui par M. Nicolas Sarkozy —, il suffit de rappeler que, aux termes de l’accord négocié à Bruxelles, les nouvelles règles (majorité qualifiée de 55 % des Etats membres et de 65 % de la population) n’entreront en vigueur qu’en 2014 et même seulement en 2017 si un groupe d’Etats le réclame. Il va donc falloir vivre une décennie avec les procédures de vote actuelles ! Pourtant les principaux médias français, avides de revanche sur un 29 mai qu’ils n’ont jamais pardonné, font passer le message selon lequel l’accord « permet de sortir de l’impasse institutionnelle où l’avaient confinée les non français et néerlandais ».
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samedi, 24 mars 2007
L’Europe minée par le libéralisme
Les préparations de ce week-end de festivités auront été pourtant bien moins consensuelles que ce que le sommet laisse voir. Initialement, la « déclaration de Berlin » que les chefs d’État et de gouvernement signeront dimanche pour rappeler les acquis de l’UE aurait dû être rédigée en liaison avec les diplomaties des 27 États membres.
Besoin de plus d’intégration
L’exercice a vite tourné à la cacophonie et Angela Merkel a dû se résoudre à rédiger seule le texte. La chancelière a confié la plume à un écrivain chargé de mettre un peu de poésie dans une prose qui, sur deux pages, devrait pêle-mêle brosser le rôle historique de l’Union, adresser un coup de chapeau aux politiques communes (euro, Schengen), et mentionner les « tâches futures » de l’UE, du changement climatique à la lutte contre le terrorisme. La présidence allemande souhaitait aussi faire référence à la Constitution européenne, dont la relance constitue sa priorité d’ici juin. Mais face aux nombreuses réticences, britanniques notamment, elle a finalement biffé le mot de la déclaration finale. Un épisode symptomatique d’une Union en mal de projet.
Car, et c’est sans doute le fait marquant des deux années qui nous séparent du rejet populaire du traité constitutionnel en France et aux Pays-Bas, rarement l’avenir de la construction européenne aura autant divisé ses acteurs. Parmi les dirigeants qui se sont exprimés sur le sujet ces derniers jours, Romano Prodi a émis le souhait que le sommet de Berlin ne soit « pas seulement une cérémonie célébrant le passé mais une contribution à l’avenir de l’Union européenne, pour donner une forte impulsion au processus d’intégration politique ». L’Italie fait partie des neuf pays dont la France (1) qui, le mois dernier, ont plaidé pour donner à l’UE « un nouvel élan » politique et social. Leur texte affirme que « l’Europe ne peut se réduire à une zone de libre-échange » et se veut un appel à ce que « le marché intérieur puisse devenir un espace aussi régulé au plan social ». À l’inverse, le Royaume-Uni, soutenu par la plupart des pays de l’Est, s’est efforcé d’affaiblir la portée politique de la déclaration anniversaire et d’exclure toute référence à la « dimension sociale » de la construction européenne. Gordon Brown, successeur annoncé de Tony Blair et inspirateur de la politique européenne de Londres, ne cache pas son scepticisme sur l’UE, un niveau de pouvoir qu’il juge « non pertinent » entre la nation et la mondialisation. « Le modèle originel de l’UE, qui était l’intégration au niveau européen, a été dépassé par l’intégration mondiale de l’économie », estime l’actuel ministre des Finances britannique.
Les ravages
du dumping social
Cette opposition apparente entre des pays qui disent vouloir aller plus loin dans l’intégration communautaire et ceux qui estiment que le véritable défi est dans la mondialisation n’est pas neuve. Mais elle s’aiguise à mesure que s’accélèrent l’intensification des échanges et la mise en concurrence des économies. L’UE a fait le choix, au milieu des années quatre-vingt, de relancer « l’intégration par le marché » pour donner à ses entreprises les moyens de s’imposer dans la compétition internationale mais aussi - relancer son projet politique, après trois décennies de relative stagnation. L’Acte unique en 1986 et le traité de Maastricht en 1992 ont posé les fondations du bouleversement de ce qu’il est désormais convenu d’appeler la « gouvernance économique », les États abandonnant le contrôle de la monnaie et, dans une moindre mesure, du budget, leurs outils traditionnels d’intervention publique dans l’économie. La fiscalité et la protection sociale sont devenues dès lors les dernières armes des États pour - attirer l’activité, une porte ouverte au « dumping » dont on mesure pleinement les effets depuis l’adhésion de pays à bas coûts salariaux et sociaux. Les bénéfices promis sur la croissance et l’emploi n’ont pas été au rendez-vous : 17 millions d’Européens sont aujourd’hui au chômage, tandis que partout la précarité explose et que l’avenir de la protection sociale s’écrit en pointillé. Le désenchantement gagne ; une récente enquête du Financial Times révèle que dans les cinq plus grands pays de l’UE (France, Allemagne, Royaume-Uni, Italie, Espagne), près d’un habitant sur deux (44 %) estime que la vie est devenue « pire » à cause des politiques européennes.
Incapable de répondre à ces défis économiques et sociaux, l’UE voit en outre ses deux seules grandes politiques de solidarité, la Politique agricole commune et les Fonds structurels pour les régions pauvres, sous la menace d’une remise à plat du budget communautaire à l’horizon 2008-2009 et, pour la PAC, des - négociations à l’Organisation mondiale du commerce. Nombreux sont les États qui souhaitent la disparition ou la renationalisation de ces instruments de cohésion pour réorienter la manne communautaire vers les dépenses de « compétitivité » (infrastructures, communications) qui favoriseraient, une fois de plus, les multinationales. Quelle serait la légitimité d’une Union qui renoncerait à soutenir ses territoires et ses populations les plus défavorisés ? On peut aller jusqu’à poser la question d’un délitement progressif de l’UE ; Jacques Delors lui-même affirme que sans reprise en main politique, « l’Europe se détricotera ». La victoire du modèle libéral anglo-saxon, dominant depuis l’Acte unique, serait alors totale.
Le problème, c’est que la seule réponse aujourd’hui avancée par les partisans d’une intégration politique reste la relance de la constitution. C’est-à-dire d’un texte qui consacre les traités qui ont mis en place l’Europe libérale et antidémocratique de ces vingt dernières années. Les citoyens français et néerlandais ont déjà rejeté cette option au printemps 2005. Reste à voir si leur vote sera entendu et respecté. C’est l’un des enjeux de l’élection présidentielle française, laquelle désignera le chef d’État qui sera chargé, fin 2008, de clore le débat sur l’avenir institutionnel de l’UE. Il n’est pas franco-français : tout véritable élan de la construction européenne doit prendre le contrepied des logiques libérales.
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lundi, 08 janvier 2007
Le Che toujours lucide sur l'Europe
Bien aimé cette note publiée par Jean-Pierre Chevènement sur sur blog : L'Europe, le bœuf et la grenouille.
Devinette : de quel côté tomberons nous, si ces élargissements devaient intervenir ? Evidemment, du côté des Etats-Unis où nous penchons déjà.
L'Allemagne veut enfin une réforme institutionnelle de l'Union européenne qui prenne en compte son poids démographique dans les votes au Conseil européen. Si ces deux vœux se concrétisent, le centre de gravité de l'Union européenne se déplacera vers la Mer Noire. Faut-il rappeler que la Turquie, du point de vue démographique, pèsera, avant peu, aussi lourd que l'Allemagne ? Deuxième contradiction !
La vérité est que si l'Union européenne n'exclut pas de s'élargir encore, mieux vaut, alors, conserver le système actuel de pondération des voix au Conseil (29 voix pour les quatre « grands pays » : Allemagne – France – Grande-Bretagne – Italie et 27 voix pour l'Espagne et la Pologne). La Turquie recevrait le même nombre de voix que les grands pays : 29. Ainsi, le centre de gravité de l'Europe resterait plus à l'Ouest que si on devait adopter une pondération des voix en fonction de la démographie. Les intérêts de l'Europe Occidentale seraient mieux préservés. Nous ne courrions pas le risque de nous voir mettre à la remorque d'intérêts extérieurs, voire de nous laisser entraîner dans des conflits qui ne seraient pas les nôtres.
Qui ne comprend que dans le rejet de la Constitution européenne par les peuples français et néerlandais il entre, pour une part non négligeable, le refus de voir le processus de décision européenne s'éloigner de plus en plus et tenir de moins en moins compte des intérêts des peuples qui ont formé le « noyau initial » (France – Allemagne – Italie – Benelux) ?
L'Europe ne semble pas connaître la fable de la grenouille qui veut se faire aussi grosse que le bœuf.
16:38 Publié dans Réflexions | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : europe, chevènement, mer noire
samedi, 06 janvier 2007
La course au dumping social
Au prétexte de compétitivité, nombre d’États de l’Union européenne décident de diminuer fortement la fiscalité sur les entreprises.
Avec la baisse de l’impôt sur les sociétés (ISS) annoncée hier par Jacques Chirac, la France emboîte le pas à ses voisins d’Europe occidentale, comme l’Allemagne, qui a annoncé cet été une baisse de l’impôt sur les sociétés d’un quart d’ici à 2008. Objectif : l’alignement sur le dumping fiscal à l’oeuvre dans l’Union, et sur lequel des États comme la Lituanie, l’Estonie, le Royaume-Uni ou encore l’Irlande ont bâti leur stratégie économique.
Cette concurrence entre les États pour attirer les investissements, à l’origine des délocalisations d’entreprises, avait fait en France l’objet d’un âpre débat lors du référendum qui avait abouti, en 2005, au rejet d’une constitution européenne qui interdisait toute perspective d’harmonisation fiscale.
Aucune raison autre que ce dumping fiscal à l’intérieur de l’Union ne justifie aujourd’hui la proposition d’abaisser à 20 % l’impôt sur les sociétés. L’argument de l’appui à la « compétitivité » des entreprises résiste mal à l’examen d’économies plus dynamiques que celles de l’UE : les États-Unis, par exemple, pratiquent un impôt sur les sociétés avoisinant les 35 %. Cette décision se justifie par ailleurs d’autant moins que les entreprises du CAC 40, loin de traverser une crise de profitabilité, croulent sous des profits qu’elles préfèrent redistribuer aux actionnaires que réinvestir. Ces nouveaux cadeaux fiscaux viendront donc grossir des profits qui seront en grande partie rétrocédés aux actionnaires.
Cette proposition s’inscrit en fait dans une tendance lourde, qui consiste, depuis plus de vingt ans, à détaxer le capital et les profits. Ces politiques de défiscalisation entraînent un appauvrissement des finances des États et donc la dégradation des politiques publiques tournées vers la réduction des inégalités. Avec des conséquences telles que l’effritement des services publics, la dégradation des infrastructures, la baisse des moyens donnés à la justice, ou encore l’abandon des banlieues, à l’origine de la grave crise de novembre 2005...
11:19 Publié dans Réflexions | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : europe, france
samedi, 09 décembre 2006
Quand la BCE nous flingue ...
Lu dans l'Huma, ce papier de Bruno Odent "Le tueur d’emplois de Francfort a encore frappé" ...
Euro . La Banque centrale européenne augmente à nouveau ses taux en dépit des conséquences pour l’emploi et la croissance, pénalisés par l’euro fort.
Imperturbable et méthodique, tel un serial killer d’emplois sûr de sa toute-puissance, le patron de la Banque centrale européenne (BCE), Jean-Claude Trichet a annoncé hier une nouvelle remontée des taux d’intérêts de l’euro. Le principal taux directeur de la BCE est ainsi passé à 3,5 %, son plus haut niveau depuis cinq ans. Le meurtrier martèle pour se justifier « la nécessité de contenir les pressions inflationnistes ». Lui qui présente par ailleurs toutes les apparences d’un gentleman, ne cesse de répéter cet
argument à chaque fois qu’il décide de passer à l’action comme s’il était
atteint de cette sorte d’idée fixe, observé souvent chez les récidivistes. L’arme du crime, la hausse des taux, a un impact direct sur l’activité. Au risque d’étouffer la timide reprise de l’économie européenne déjà affectée par « l’euro fort » et donc d’être fatale à des dizaines de milliers d’emplois supplémentaires.
Le tueur d’emplois de Francfort est bien plus dangereux que le commun des héros de thriller de série B, car il agit selon la rationalité de tout le système monétaire européen. Celui-là est entièrement dévoué à des marchés
financiers craignant par-dessus tout que leurs fabuleux taux de rentabilité ne soient rognés par la montée en puissance de revendications, de la part des salariés et de leurs syndicats. Lesquels pourraient se montrer désireux d’obtenir, en cette période de regain de croissance, autre chose que les miettes d’un gâteau devenu plus volumineux. Quand Jean-Claude Trichet martèle : « L’inflation, l’inflation, l’inflation... », il tire à vue sur les salaires.
Le message du banquier central « indépendant » est on ne peut plus politique : il demande aux gouvernements des pays membres de l’eurogroupe de s’engager sur des orientations très restrictives s’ils veulent éviter le recours à d’autres tours de vis monétaires. Et de pointer ouvertement, comme hier à Francfort, la nécessité d’une nouvelle série de réformes libérales pour réduire les dépenses publiques et sociales afin d’accroître « la compétitivité des entreprises dans un environnement toujours plus concurrentiel ». Autrement dit : de poursuivre dans la voie des transformations déjà inscrites sur le fameux agenda de Lisbonne, afin de flexibiliser le marché du travail, de repousser l’âge de départ à la retraite, de privatiser la protection sociale et dla modération salariale.
Alors que des débats politiques plus aigus s’annoncent à l’approche d’échéances électorales importantes, notamment en France, il s’agit d’indiquer que si, sur la route, la couleur des véhicules et leur vitesse sont en option, la voie qu’il convient d’emprunter, elle, est unique. Cet acharnement sans faille à respecter le dogme de la BCE va pénaliser les pays de la zone euro au plus mauvais moment. Des signes de plus en plus précis de retournement de conjoncture apparaissant aux États-Unis, elle va accentuer encore les tendances à la dépréciation du dollar. Ce qui ne devrait pas manquer de freiner les exportations, c’est-à-dire l’autre moteur de la croissance européenne.
La BCE aurait besoin en fait de pratiquer une politique tournant le dos à ces normes meurtrières pour l’emploi, une politique capable de favoriser une dynamique de créations de postes. « Avec des taux d’intérêts d’autant plus faibles, soulignent les économistes communistes, que les crédits sont voués à financer des opérations riches en emplois et en investissement social et d’autant plus dissuasifs qu’ils sont voués à des opérations spéculatives. »
15:03 Publié dans Réflexions | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : BCE, europe, récession sociale

