samedi, 24 mars 2007

Sarkozy et l'Europe : une politique de Gribouille

Une note intéressante de Jean-Pierre Chevénement vu sur son blog. Le cinquantenaire du traité de Rome va, sans nul doute, être l'occasion de faire tonner les grandes orgues de la bienpensance « européiste » : j'appelle ainsi l'idéologie de ceux qui, au nom de l'idée européenne, ont en réalité mis bas tout ce qui pouvait permettre l'émergence d'un acteur européen stratégique pour le XXIe siècle :


  • suppression de fait du tarif extérieur commun ;
  • politique commerciale ultra libre-échangiste du Commissaire Mandelson qui est prêt à sacrifier notre agriculture à l'OMC ;
  • paralysie organisée de la politique monétaire qui fait de l'euro une monnaie surévaluée d'au moins 30 à 40 % par rapport au dollar, au yuan et au yen ;
  • inféodation à l'OTAN et acceptation unilatérale par la Pologne et la Tchéquie du bouclier spatial américain.

    A cet égard, M. Sarkozy fait une proposition très inquiétante : il veut reprendre dans un traité soumis au seul Parlement « le paquet institutionnel qui n'est contesté par personne ».

    Or, la création d'un « ministère européen des Affaires Etrangères » ne saurait, en l'état actuel des rapports de forces entre les vingt-sept, qu'enchaîner un peu plus la politique extérieure de l'Europe en gestation à la diplomatie de Washington. Cette proposition doit être rejetée. Elle est de plus inepte : si la France veut revoir les dispositions du traité intéressant la politique monétaire, économique et sociale, et notamment les statuts de la Banque Centrale européenne, il est totalement contreproductif de gaspiller par avance ses munitions en accordant d'emblée à l'Allemagne tout ce qu'elle souhaite, c'est-à-dire « la substance » de la Constitution, sans faire de la partie institutionnelle une monnaie d'échange avec la partie économique et sociale du traité. Politique de Gribouille. Seul un nouveau référendum peut nous préserver de ce type de dérive.

50 ans d'union, malgré nous

medium_rome.jpgLes "Européens" font fêter les noces d'or de l'Europe. Les noces de chêne ne sont pas encore pour demain mais d'ici là vous pouvez afficher cette bannière sur votre blog, histoire de fêter 50 ans de soumission, et une constitution qui nous sera imposé d'ici 2009 ! Danke Angela !

L’Europe minée par le libéralisme

Lu dans l'Huma, ce papier de Paul Falzon. Symphonie de Beethoven, signature d’une déclaration de principes et photo de famille devant la porte de Brandebourg, symbole de la division passée de Berlin et du continent : le programme officiel des célébrations du cinquantième anniversaire du traité de Rome a été conçu pour offrir de la construction européenne l’image la plus lisse possible. Le temps d’un week-end, les dirigeants européens s’attacheront à valoriser les réalisations de la Communauté économique européenne (CEE) puis de son héritière l’Union européenne (UE, à partir de 1993) selon un triptyque résumé la semaine dernière par le chef de la diplomatie allemande Frank-Walter Steinmeier : « paix, stabilité, prospérité ». Sur l’avenue Unter den Linden, le public sera invité à découvrir des photos illustrant « cinquante ans de paix et de démocratie » : l’affirmation d’un destin commun entre les anciens ennemis de la Seconde Guerre mondiale, la France, l’Allemagne, l’Italie et le Benelux ; l’intégration progressive des États voisins dont plusieurs pays sortant de la dictature (Espagne, Portugal, Grèce), qui trouvèrent dans la CEE un pôle de stabilisation et un soutien économique ; l’adhésion des pays de l’Est après la chute de l’Union soviétique, solde de la « guerre froide » où l’UE a joué un rôle actif dans le camp occidental.

Les préparations de ce week-end de festivités auront été pourtant bien moins consensuelles que ce que le sommet laisse voir. Initialement, la « déclaration de Berlin » que les chefs d’État et de gouvernement signeront dimanche pour rappeler les acquis de l’UE aurait dû être rédigée en liaison avec les diplomaties des 27 États membres.

Besoin de plus d’intégration

L’exercice a vite tourné à la cacophonie et Angela Merkel a dû se résoudre à rédiger seule le texte. La chancelière a confié la plume à un écrivain chargé de mettre un peu de poésie dans une prose qui, sur deux pages, devrait pêle-mêle brosser le rôle historique de l’Union, adresser un coup de chapeau aux politiques communes (euro, Schengen), et mentionner les « tâches futures » de l’UE, du changement climatique à la lutte contre le terrorisme. La présidence allemande souhaitait aussi faire référence à la Constitution européenne, dont la relance constitue sa priorité d’ici juin. Mais face aux nombreuses réticences, britanniques notamment, elle a finalement biffé le mot de la déclaration finale. Un épisode symptomatique d’une Union en mal de projet.

Car, et c’est sans doute le fait marquant des deux années qui nous séparent du rejet populaire du traité constitutionnel en France et aux Pays-Bas, rarement l’avenir de la construction européenne aura autant divisé ses acteurs. Parmi les dirigeants qui se sont exprimés sur le sujet ces derniers jours, Romano Prodi a émis le souhait que le sommet de Berlin ne soit « pas seulement une cérémonie célébrant le passé mais une contribution à l’avenir de l’Union européenne, pour donner une forte impulsion au processus d’intégration politique ». L’Italie fait partie des neuf pays dont la France (1) qui, le mois dernier, ont plaidé pour donner à l’UE « un nouvel élan » politique et social. Leur texte affirme que « l’Europe ne peut se réduire à une zone de libre-échange » et se veut un appel à ce que « le marché intérieur puisse devenir un espace aussi régulé au plan social ». À l’inverse, le Royaume-Uni, soutenu par la plupart des pays de l’Est, s’est efforcé d’affaiblir la portée politique de la déclaration anniversaire et d’exclure toute référence à la « dimension sociale » de la construction européenne. Gordon Brown, successeur annoncé de Tony Blair et inspirateur de la politique européenne de Londres, ne cache pas son scepticisme sur l’UE, un niveau de pouvoir qu’il juge « non pertinent » entre la nation et la mondialisation. « Le modèle originel de l’UE, qui était l’intégration au niveau européen, a été dépassé par l’intégration mondiale de l’économie », estime l’actuel ministre des Finances britannique.

Les ravages

du dumping social

Cette opposition apparente entre des pays qui disent vouloir aller plus loin dans l’intégration communautaire et ceux qui estiment que le véritable défi est dans la mondialisation n’est pas neuve. Mais elle s’aiguise à mesure que s’accélèrent l’intensification des échanges et la mise en concurrence des économies. L’UE a fait le choix, au milieu des années quatre-vingt, de relancer « l’intégration par le marché » pour donner à ses entreprises les moyens de s’imposer dans la compétition internationale mais aussi - relancer son projet politique, après trois décennies de relative stagnation. L’Acte unique en 1986 et le traité de Maastricht en 1992 ont posé les fondations du bouleversement de ce qu’il est désormais convenu d’appeler la « gouvernance économique », les États abandonnant le contrôle de la monnaie et, dans une moindre mesure, du budget, leurs outils traditionnels d’intervention publique dans l’économie. La fiscalité et la protection sociale sont devenues dès lors les dernières armes des États pour - attirer l’activité, une porte ouverte au « dumping » dont on mesure pleinement les effets depuis l’adhésion de pays à bas coûts salariaux et sociaux. Les bénéfices promis sur la croissance et l’emploi n’ont pas été au rendez-vous : 17 millions d’Européens sont aujourd’hui au chômage, tandis que partout la précarité explose et que l’avenir de la protection sociale s’écrit en pointillé. Le désenchantement gagne ; une récente enquête du Financial Times révèle que dans les cinq plus grands pays de l’UE (France, Allemagne, Royaume-Uni, Italie, Espagne), près d’un habitant sur deux (44 %) estime que la vie est devenue « pire » à cause des politiques européennes.

Incapable de répondre à ces défis économiques et sociaux, l’UE voit en outre ses deux seules grandes politiques de solidarité, la Politique agricole commune et les Fonds structurels pour les régions pauvres, sous la menace d’une remise à plat du budget communautaire à l’horizon 2008-2009 et, pour la PAC, des - négociations à l’Organisation mondiale du commerce. Nombreux sont les États qui souhaitent la disparition ou la renationalisation de ces instruments de cohésion pour réorienter la manne communautaire vers les dépenses de « compétitivité » (infrastructures, communications) qui favoriseraient, une fois de plus, les multinationales. Quelle serait la légitimité d’une Union qui renoncerait à soutenir ses territoires et ses populations les plus défavorisés ? On peut aller jusqu’à poser la question d’un délitement progressif de l’UE ; Jacques Delors lui-même affirme que sans reprise en main politique, « l’Europe se détricotera ». La victoire du modèle libéral anglo-saxon, dominant depuis l’Acte unique, serait alors totale.

Le problème, c’est que la seule réponse aujourd’hui avancée par les partisans d’une intégration politique reste la relance de la constitution. C’est-à-dire d’un texte qui consacre les traités qui ont mis en place l’Europe libérale et antidémocratique de ces vingt dernières années. Les citoyens français et néerlandais ont déjà rejeté cette option au printemps 2005. Reste à voir si leur vote sera entendu et respecté. C’est l’un des enjeux de l’élection présidentielle française, laquelle désignera le chef d’État qui sera chargé, fin 2008, de clore le débat sur l’avenir institutionnel de l’UE. Il n’est pas franco-français : tout véritable élan de la construction européenne doit prendre le contrepied des logiques libérales.


vendredi, 23 mars 2007

"Unis" dans l'uniformité

medium_piece100ok.jpgIls ont heureux les apparatchiks européens. Fiers de fêter les 50 ans du Traité de Rome qui nous ont amené la paix (on oublie les victimes des guerres des Balkans) et la prospérité (y'a des pauvres en Europe ?). Tout ça s'annonce fun avec mobilisation des assos subventionnés par Bruxelles, des chaînes pubvliques et des vieux crabes qui occupent le devant de la scène politique depuis ... trop longtemps. Histoire de marquer l'événement, les "Européens" ont même pensé à éditer une nouvelle pièce de 2 euros : sans aucune référence nationale. Le symbole est très fort. Il démontre à quel point les fanatiques européens souhaitent nous unir à tout prix et dans une parfaite uniformité.